Apres le Congres Sioniste de Bale en 1897, les Rabbins de Vienne envoyerent deux representants en Palestine, la ou les juifs voulaient fonder leur Etat. Dans un telegramme, les deux hommes rapportèrent: “The bride is beautiful, but she is married to another man.” (La mariée est belle, mais elle est mariée a un autre homme)
C’est autre homme etant le peuple arabe de Palestine.
Et c’est bien la le dilemme de l’Etat Israelien, que faire des Palestiniens?
Ghada Karmi est nee en Palestine en 1939 et sa famille s’est exilee en Grande Bretagne apres le Nakba. Elle est docteur, ecrivaine, universitaire, et connue pour sa position en faveur d’un seul Etat en Palestine. En 2007, elle publie “Mariee a un autre homme: le dilemme d’Israel en Palestine.”
Elle y resume l’histoire de la creation de l’Etat d’Israel et les consequences, uniquement negatives, de celles-ci sur les Arabes, de Palestine et des pays voisins. Elle parle des allies d’Israel, les Etats-Unis en tete, du processus de paix, et developpe l’idee d’une solution residant dans un Etat unique.
Ghada Karmi, petite femme brune a l’air severe et assure, donnait une “conference” (15 personnes presentes…) hier a Boston College dans le cadre de la BC Palestine Awareness Series.
Quand on aborde la question israelo-palestinienne et la recherche d’une solution au conflit, on entend souvent dire que le probleme est bien trop complexe. Pour Karmi, la situation est au contraire tres simple a comprendre. Les Juifs ont pris la terre aux Arabes. Le reste n’est que la consequence de cette invasion.
Karmi parle en tant que palestienne qui a ete directement victime de la creation d’Israel. Cette decision, dit-elle, a affecte toute la region.
Il y a deux faces de l’Histoire. La version recurrente sur les Juifs persecutes, l’Holocauste, leur besoin d’avoir une terre, etc. Et la version occultee, celle des consequences pour les Palestiniens. On aime pas entendre cette histoire, les gens n’aiment pas les histoires tristes, les echecs, ils preferent les successful stories. C’est tellement plus simple de se dire que l’Etat Juif est un succes que de reconnaitre qu’il n’aurait, peut etre, jamais du etre cree, ou du moins pas dans ces conditions. Mais soutenir cette version, c’est souvent se voir taxer d’antisemitisme…
Les gens ne realisent pas la gravite des consequences pour les Palestiniens. On parle de 500 villages detruits apres 1948 du fait de la creation d’Israel. 500 ce n’est pas beaucoup semble-t-il, sauf qu’il faut garder en tete que la Palestine etait un pays pleinement agricole et rural, avec que des villages. 500 villages c’est autant dire la Palestine entiere explique Karmi.
Les noms des rues, des villages, ont ete changes et reecrits en hebreux. Dans les supermarches, elle raconte qu’on trouve des produits dits “Juifs”, tels les falafels, alors qu’ils sont d’origine arabe.
Israel aura 60 ans dans un mois. Pour les Palestiniens c’est toujours la nakba. La societe palestinienne etait entiere avant, 1948 l’a completement fragmente, a detruit un peuple entre ceux refugies en Jordanie, au Liban et ailleurs (4,5 millions au total), ceux vivant en tant que citoyens de seconde zone en Israel (un million), et ceux dans les territoires occupes ou a Gaza et en Cisjordanie.
Une consequence notable de la creation de l’Etat d’Israel est la militarisation de la region. En 60 ans, il y a eu six guerres. Israel a de tres bons amis qui lui permettent d’avoir une armee a la pointe, quand les autres pays arabes ont du faire un effort militaire et financier important, alors qu’ils auraient pu se consacrer a leur developpement. “Toute l’energie et l’argent qu’auraient pu utiliser les Palestiniens pour se developper, ont ete utilisees pour combattre Israel,” dit elle avec colere. “Les Arabes n’arreteront jamais de combattre Israel,” ajoute-t-elle un peu plus tard.
S’adressant a des Américains, Karmi se demande pourquoi les Etats-Unis paient autant pour Israel.
Elle le dit clairement, “it should never have happened” (la creation d’Israel en Palestine n’aurait jamais du se produire). Les Palestiniens le pensent tous, et de plus en plus de Juifs en sont conscients aujourd’hui. Si l’idee d’un Etat Juif en Palestine existait depuis des decennies, “c’est ironiquement Hitler qui a permis la creation d’Israel”, dit-elle. C’etait soi-disant “une entreprise morale” au nom des souffrances du peuple juif. On a regle le probleme qu’ils avaient en Europe aux depends des Arabes. L’injustice est probante.
Les Palestiniens ont ete litteralement pilles, sans jamais avoir recu de compensation en retour. “Pas un cent,” insiste-t-elle. Elle rapporte qu’etant un jour a Jerusalem, elle voulu retrouver la maison de sa famille. Elle y alla avec un ami israelien qui se presenta a la proprietaire en hebreux. Celle-ci repondit alors “sorry I don’t understand what you said,” elle ne parlait pas Hebreux et venait donc evidemment d’un autre pays.
Ayant dresse un tableau de la situation, Karmi en vient a la question de la resolution du conflit.
Il existe 3 solutions:
- le statu-quo, on laisse les choses comme elles sont, et le conflit va empirer
- “two-states solution”
- “one-state solution”
La premiere, dit-elle, est la plus probable. La colonisation se poursuit, et en reponse la resistance palestinienne ne baisse pas les armes.
La solution de 2 Etats est selon elle impossible a realiser. C’etait une idee des Palestiniens alors que les Israeliens ne proposaient rien pour sortir de la guerre. Il y a un consensus internationale sur ce point. Pourtant, a bien regarder la carte de la region, on voit que c’est impossible. Il y a trop de colonies disséminées partout, Israel garderait son territoire actuel (soit environ 80%) et la Palestine n’aurait que 20%, Jerusalem serait la capitale des 2 Etats. Si les refugies decident de revenir en Palestine, un probleme demographique de poids se posera a lors. Sur la question du droit au retour des refugies en Israel, elle souligne que beaucoup repondent “de toutes facons, ils voudront pas revenir,” mais ceci n’est pas un argument. Peu importe leur decision, l’essentiel c’est de leur laisser le choix. Elle souhaite avoir la possibilite de revenir mourir sur sa terre natale.
Pour elle, la seule solution valable est donc un seul Etat non juif, non palestinien, sans partition, ou les deux peuples vivraient unis tous ensemble. Je l’interpelle alors, lui demandant si elle ne trouve pas cette idee un peu trop idealiste, naive. Comment imaginer ces deux peuples vivre ensemble avec toute la rancoeur qui se ressentira forcement, les souvenirs, l’histoire, les differences et les inegalites a la maniere d’un Etat d’apartheid. Quelqu’un rappelle alors, que dans l’Histoire, Juifs et Arabes (il y a des Juifs arabes je sais) ont vecu ensemble. Il y a un heritage commun et le conflit n’est pas religieux sinon territorial. Karmi ajoute que de toutes facons, il n’y a deja qu’un seul Etat, inegalitaire. Et surtout, elle dit que “bien sur ce n’est pas une solution facile a mettre en place, mais cela ne veut pas dire qu’on ne doit pas y travailler.”
Pour parvenir a cette solution, il faudra aborder la question de la justice, les Israeliens ont des comptes a rendre. Karmi imagine la creation d’une commission “Justice et reconciliation” comme en Afrique du Sud.
Le Pere Raymond Helmick, S.J, (portrait a venir bientot) qui s’est beaucoup consacre au processus de paix et a notamment correspondu avec Yasser Ararfat, est partisan de la solution “2 Etats” et se montre sceptique. Il fait part d’une idee interessante. Celle de la creation de deux Etats, aux frontieres ouvertes, un peu comme entre les differents Etats americains, avec la possibilite de choisir sa nationalite, et pour en arriver, peut etre, petit a petit, a l’idee d’un seul Etat.
Mon principal probleme avec la solution “2 Etats” c’est la situation economique, deja desastreuse, du futur Etat palestinien. Mais dans le cadre d’un seul Etat, qu’adviendrait-il des Palestiniens par rapport aux Israeliens, n’y aurait-il pas du racisme, ne seraient-ils pas des citoyens de seconde classe comme le furent (le sont) les Noirs aux Etats-Unis? D’un point de vue pragmatique, que deviendrait l’ideologie sionique? Comment serait gouverne le pays entre Juifs et Musulmans (quand on sait l’influence de l’Islam sur la politique dans la region). Karmi reconnait que l’ideologie israelienne est actuellement un obstacle a l’idee d’un seul Etat.
Le debat est ouvert, et la solution d’un seul Etat merite qu’on s’y interesse. Une solution existe. Mais le probleme ne pourra pas etre resolu tant que la verite, les Juifs ont pris la terre aux Palestiniens, ne sera pas reconnue par Israel.
A venir: un article sur une autre conference faisant partie de la serie organisee a Boston College, il s’agit cette fois-ci, de deux femmes, une realisatrice Palestinienne “de 48″ vivant en Israel et une photojounaliste Israelienne, qui parlent avec force et colere de la vie des Palestiniens.