23 décembre, 2008

Galerie de portraits II

Envie d’écrire à nouveau, et de parler, toujours, de mon voyage en Israel. C’était il y a plus de 3 mois mais les souvenirs sont encore bien vivants dans ma mémoire. Je revois les gens que j’ai rencontré, les conversations échangées.

Avant de partir, mon amie américaine, Roopa, m’avait mise en relation avec Naomi qu’elle avait rencontrée quelques mois auparavant à Genève pour un forum sur la santé. Naomi est juive, israélienne d’origine anglaise. Elle est médecin et s’investit pour l’association “Physicians for Human Rights.” On s’est rencontrée pour la première fois à la fête de la bière à Jérusalem. Elle était avec sa soeur, elle aussi médecin je crois. On a passé une soirée très agréable. Le lendemain soir, j’étais invitée à manger chez sa soeur pour Shabbat. Ce n’est pas tant qu’il fête Shabbat avec tous les rituels à respecter, mais il s’agit surtout pour eux de se retrouver en famille. Il y avait Naomi, son mari, très gentil, et deux de leurs enfants, dont Avital qui a mon âge et fait son service militaire. Il y avait aussi sa soeur et son beau-frère donc, avec leurs 3 enfants. J’étais un peu intimidée face à cette famille que je ne connaissais pas, et très fatiguée après ma journée à Bethléem. Mais je garde le souvenir d’une soirée agréable, une expérience intéressante.

J’ai revu Naomi le lendemain, elle m’emmenait en mission pour son association dans un village palestinien. J’aurai l’occasion d’y revenir plus tard. J’ai passé une dernière soirée avec Naomi et son mari la semaine de mon départ. Ils ont vraiment été adorables avec moi. J’espère les revoir quand je retournerai là bas.

J’ai rencontré une femme extraordinaire à Bethléem. Elle s’appelle Julia Dabdoub et elle est présidente de l’Arab Women’s Union. On marchait au hasard dans les rues de la ville qui a vu Jésus naître, quand nous sommes tombés sur la maison qui abrite cette association. Julia Dabdoub nous alors parlé pendant deux heures de sa vie, de la situation en Palestine et plus précisément à Bethléem. Elle a égrainé ses souvenirs et nous écoutions impressionnées.

L’association s’est formée en 1947, à l’époque du plan de partage. Julian Dabdoub avait une vingtaine d’années. Elle n’oubliera jamais la Naqba. Elle est une arabe chrétienne. A son allure, on comprend toute suite qu’elle ne vient pas de n’importe quelle famille. Elle fait très aristocratique et est encore belle à plus de 80 ans. Elle parle un français parfait, ce qui facilite notre échange.

Elle nous raconte que de manière générale, les gens ici s’entendent bien avec les Juifs, mais que ca coince avec les politiques. La vie est tellement difficile pour eux. Le vendredi, jour de prière pour les musulmans, seuls les femmes, les enfants, et les hommes de plus de 45 ans peuvent se rendre à Jérusalem. Je les ai vu faire la queue au checkpoint. Les hommes entre 18 et 45 sont potentiellement dangereux, on les garde de l’autre côté du mur. Tant pis pour leur foi. Pour les chrétiens, ce n’est pas évident non plus, mais pour elle il est faux de dire qu’ils sont plus partis que les autres. Tout le monde part s’il le peut.

Avant, avec sa famille, il mettait une heure pour se rendre à Amman. Aujourd’hui c’est tout un périble. Alors ils restent à Bethléem. A une époque, on les fouillait totalement à la frontière. On sentait dans sa parole et dans son regard combien il avait été dégradant pour elle de devoir presque se mettre nue pour les contrôles de sécurité. Mais même dans une telle situation, je l’imagine rester digne.

Elle nous parle de la visite de Carla Bruni lors du voyage présidentiel en Israel. La première dame avait rencontré un groupe de femmes palestiniennes. Julia Dabdoub semblait garder un bon souvenir de cette visite et avait apprécié Carla Bruni(-Sarkozy). Elle l’a trouvé cultivée, distinguée. Elle voulait vraiment échanger, apprendre de ces femmes. Quand on la pressa pour partir, elle insista pour finir de parler avec toutes les femmes. “C’était différent avec la femme de Gordon Brown.” C’est Nicolas qui va être content!

Il y a tant d’autres anecdotes qu’elle nous a contées et que j’ai caché au fond de ma mémoire. Mais je garde cette image d’une dame âgée au visage fier, les cheveux relevés en chignon. Il y avait milles vies dans ses yeux. De la souffrance, de l’indignation, mais aussi l’espoir de la paix, un jour, pour son peuple.

23 décembre, 2008

Tout change, mais rien ne change

Je me suis sentie profondément bien hier soir en rentrant chez moi. Au volant, de nuit, sur la route sans fin, je chantais, la musique à fond. J’avais envie de dire ma joie au monde entier.

L’après-midi, j’étais partie faire mes derniers achats de Noel au centre ville. On bravait la foule à la FNAC avec R., et j’étais au téléphone avec mon père quand je vois C., un camarade du collège. On s’était pas vu depuis… longtemps. Il appelle ma meilleure amie du collège, A. qu’il avait croisé une heure plus tôt. Elle a débarqué direct. On avait mille choses à se dire mais les courses à finir. Rendez-vous fut pris pour prendre un verre le soir.

Plus tard, je retrouve donc A. place Jean Jaurès pour prendre un diabolo grenadine, comme toujours, au Petit Nice. C’est génial de se retrouver, de se raconter ce que devienne nos vies. Nos amis, nos amours, nos parents, nos études, ce qui nous fait avancer.

J’appelle Antho, l’éternel glandeur qui sera toujours dans ma vie, il se réveille et nous rejoint. Puis C. arrive avec quelques amis. On décide d’appeler O. Je vois tout le temps O quand je reviens à Montpellier, on habite pas très loin. Mais cet été je n’avais pas pu la voir. Ca faisait donc quelques mois qu’on avait pas pris un pot ensemble. On s’est sautées dessus et embrassées, O. un peu pompette.

Je me sentais tellement heureuse de revoir ces personnes. Je les ai rencontré il y a 10 ans environ. A. et moi étions inséparables au collège, puis le lycée et la vie nous a éloigné. Mais à chaque retrouvaille, c’est comme si on s’était vues la veille. Je sais qu’il y a des gens comme ca qui seront toujours là, à un moment ou à un autre. Peu importe si on ne peut pas se voir pendant des mois. O est devenue une amie au lycée. J’ai plein de souvenirs de soirées…

Tous les quatre avaient évolué, ca m’a fait plaisir de voir où la vie les mène, de connaître leurs projets, leurs envies. C’était chouette de se rendre compte que malgré le temps, la distance, les chemins différents que nous avons pris, rien ne change fondamentalement.

Ce n’est pas grand chose dit comme ca, mais intérieurement je me sentais tellement en phase avec moi-même et ma vie. Après quelques semaines chaotiques, c’est exactement retourner aux sources, retrouver des valeurs sûres, dont j’avais besoin.

Ce soir, j’ai retrouvé l’envie d’écrire. Je voudrais que les vacances durent encore quelques semaines pour avoir le temps de lire, de me chercher, de me confronter avec moi-même, d’écrire. J’ai envie de voir des films, d’écouter les vieux albums de mon papa, de faire des gâteaux tous les jours, et de profiter des miens.

La vie n’est pas toujours facile, mais si on a confiance en soi, si on est suffisamment bien avec soi-même, bref si on trouve la paix intérieure, on est plus armés pour affronter les obstacles qu’on rencontre inévitablement.

Ce soir, je suis heureuse.

30 novembre, 2008

Johnny Mad Dog, on ne peut plus dire qu’on ne savait pas

Noël approche, et avec les cadeaux se préparent. Certains offriront à leurs enfants des pistolets pour jouer au cow-boys ou aux policiers. Si j’ai un fils un jour, jamais je ne lui laisserai avoir entre les mains un tel “jouet”. Parce que quelque part, ailleurs, sur un continent oublié, des enfants manient des fusils, mais pour de vrai. Il y a des garçons, parfois des filles, qui ont 10-15 ans, l’âge d’aller à l’école, de grandir en paix, qui font la guerre. Johnny Mad Dog nous le rappelle avec violence et choc.

Je ne suis pas sortie indemme de la salle de cinéma ce soir, et en même temps je me sens tellement impuissante. Toute cette violence distillée pendant plus d’une heure et demi ne peut laisser indifférent. Et puis pas question d’évoquer la fiction pour échapper au mal à l’aise, on sait que tout cela est bel et bien réel.

Pendant tout le film, on suit ces gosses armés et affublés de tenues grotesques (robe de mariée, ailes de papillon) et de surnoms tels que Johnny Mad Dog, No Good Advice, Butterfly (le chef, adulte, se faisant appeler “never die”). Ils n’ont plus que ca comme identité, puisqu’ils ont perdus leur famille, leur village, jusqu’à leur nom.  On les voit tuer de sang froid, demander à un gamin de tuer son père avant de l’enroler dans leur armée. On les voit violer. Et il y a cette phrase si touchante de la petite fille s’adressant à Johnny, “violer, ce n’est pas ca l’amour.” On supporte tout ca sans vraiment comprendre le but du film, si seulement il y en a un.

Il y a bien cette même petite fille, qui cherche à protéger son petit frère puis son père. Elle marche avec détermination à travers la ville en proie aux combats. Plus tard, elle tient tête à Johnny, elle refuse de se laisser intimider. Elle finira quand même en pleurs par lui donner des coups. Comme si, personne dans cet univers ne pouvait résister à la haine et à la violence, comme si aucun échappatoire n’existait.

En sortant du cinéma, je cherchais un sens à ce film, je me demandais ce qu’avait voulu nous dire le réalisateur à travers ces images chocs qui ont fait régulièrement sursauter les spectacteurs. Et puis j’ai compris qu’il n’y avait pas de message à rechercher. Jean-Stéphane Sauvaire a juste, et c’est déjà beaucoup, voulu nous faire ouvrir les yeux sur ce qui s’est passé au Libéria, sur ce qui se passe aujourd’hui en RDC, pour qu’on ne puisse plus dire “on ne savait pas.”

NB: La Déclaration des Droits de l’Enfant vient de fêter son 19ème anniversaire (20 novembre 1989), combien d’années faudra-t-il encore attendre avant qu’elle s’applique à TOUS les enfants?…

26 septembre, 2008

Galerie de portraits I

Voyager c’est partir à la rencontre d’un pays, d’une culture et donc de ses habitants. C’est aussi rencontrer sur son chemin des gens venus d’ailleurs avec qui on échange, on partage un repas, une balade.

J’ai fait de chouettes rencontres pendant mon voyage, de ces rencontres qui mettent le coeur en joie et qui donnent envie qu’un jour nouveau arrive et avec lui d’autres rencontres encore.

Avant même mon départ, il y avait des rencontres importantes comme je le dis dans mon article introductif. Ben m’a très bien accueilli, en venant me chercher à l’aéroport, puis il a loué un vélo pour moi pour mes quelques jours à Tel Aviv. Malheureusement, nous avons eu peu de temps pour discuter car son travail l’occupait beaucoup.

Une rencontre m’a marqué et a été importante durant mon voyage, celle avec Christine. Nous étions dans la même chambre à Jaffa, je l’ai entendu parler français alors j’ai plaisanté “il n’y a que des Français ici!” On a mangé un bout ensemble le soir. On a énormément discuté de notre voyage, de ce pays, du conflit, et de nos vies et envies respectives. Christine est éducatrice (spécialisée) à Marseille auprès de jeunes filles. Elle voyage beaucoup et reprend des études de droit international, pour essayer de faire bouger les choses. Le lendemain de notre rencontre je partais à Jérusalem et nous nous retrouvions sur le toit de la même auberge de la vieille ville. Ensemble, nous sommes allées à Bethléem et à Ramallah, on a partagé notre tristesse et notre indignation, notre espoir aussi, un peu, que les choses changent. Sans Christine, mon voyage n’aurait pas été le même, si elle passe par là je la remercie et lui dis à bientôt!

A Jaffa, j’ai aussi croisé la route d’un couple de Français venus passer l’été à Jérusalem pour monter une pièce de théâtre.

Il y a eu beaucoup de rencontres sur le toit-terrasse du Citadel Youth Hostel de Jerusalem. Il y a eu Charles, juif askhénaze avec lequel nous avons beaucoup parlé aussi, la discussion était différente, plus conflictuelle je dois dire, mais c’était important aussi d’avoir un point de vue divergent pour essayer de comprendre un peu plus la situation. On a eu des discussions enflammées sur d’autres sujets. C’était étrange de pouvoir échanger ainsi avec des inconnus. Je n’oublierai pas notre conversation sur la place où se jouait le concert de reggae.

Dans l’auberge, il y avait Laurent. Un Français de la Réunion, d’origine juive qui s’était tournée vers la foi il y a quelques années et souhaitait faire son alyah, c’est-à-dire s’installer en Israël. Il venait ici pour découvrir le pays, étudier la Torah à la Yeshiva et apprendre l’hébreu. Une autre rencontre totalement éloignée de ma vie qui a bousculé mes convictions, mes idées sur la religion. C’est assez difficile finalement d’entendre des choses différentes, de découvrir un monde inconnu et de ne pas forcément savoir comment réagir. Il était sympa ce garçon, mais je n’accrochai pas avec ses idéaux juifs assez ultra-orthodoxes.

Enfin dans l’auberge il y avait Julien, journaliste et blogueur chinois qui parcourait le monde pour assister à des concerts de musique (et en faire la critique), et un couple anglo-néozélandais installé à Dubaï.

J’ai rencontré des gens venant d’univers tellement différents, ca m’a rappelé un peu de mon année à Boston College.

J’ai aussi rencontré des gens du pays. Dans le souk de la vieille ville, au croisement de Christian quarter road et David street, il y a un vendeur de bijoux et autres souvenirs. Il est très gentil et je lui ai acheté plein de petites choses. Il était journaliste avant, il avait notamment fait la guerre du Liban et d’autres conflits du Moyen Orient dans les années 70-90. Il s’était retiré du métier récemment parce qu’en tant qu’arabe ca devenait de plus en plus difficile. Israël donne de moins en moins de carte de presse. Ce petit monsieur était captivant et tellement gentil avec moi, sans chercher forcément à vendre, je crois que tout comme moi il avait apprécié notre échange. D’autres vendeurs du souk furent bien moins sympathiques.

Il faut absolument que je raconte cette petite anecdote avec un vendeur de tissus muraux, sacs, et autres babioles. J’avais décidé de n’acheter mes souvenirs que le dernier jour pour ne pas m’encombrer avec avant. Néanmoins, je souhaitais prévoir mon budget et donc me renseigner sur les prix du marché. Je demande à ce vendeur le prix d’un tissu (style indien et pas vraiment arabe). Il me dit 200 (shekels), je lui réponds “merci, aurevoir, je repasserai demain.” Erreur! Il a cru que je voulais marchander, il a donc baissé tout seul le prix, de 200 à 130, puis 100, 80, etc jusqu’à 50. Sauf que j’en voulais pas de son truc (enfin pas toute suite). Il s’est énervé du genre “allez 50, prends le, discute pas” avec un ton vraiment agressif. J’ai préféré partir au plus vite… à ce moment-là je commençais à en avoir marre des vendeurs du souk qui t’apostrophe tous les 2 mètres pour que tu visites leur magasin. C’était une atmosphère pesante, moins agréable qu’en Tunisie ou en Afrique où on me traitait de “gazelle.”

Suite demain…

21 septembre, 2008

Pensées lors du vol retour

Voici ce que j’ai écrit dans l’avion vers la France le 5 septembre dernier:

“Beaucoup de choses à dire, à écrire, mais je ne suis pas sûre de réussir à le faire. Il y a trop de désordre dans mon esprit, trop de questions en suspens par rapport à ce que j’ai vu. Je ne comprends pas tout.

J’ai vu des choses incroyables, insoutenables, les larmes et la colère m’ont envahie. Mais je veux essayer de comprendre les deux côtés. On me parle d’ “objectivité”, de “balancer” les points de vue. Il y aurait deux réalités. Je n’en ai vu qu’une.

Celle du mur de “sécurité”, légitime si seulement il respectait la ligne verte. La réalité du camp de réfugié de Dheisheh où les familles s’entassent à 5-6 voire plus dans 10m² sans grand espoir de retourner chez eux un jour. La réalité des villages palestiniens où l’aide médicale est insuffisante.

J’ai écouté une chrétienne arabe, Julia Dabdoud de l’Arab Women’s Union à Béthleem, me parler de 1948, de la Naqba, de tout ce qu’elle a perdu – elle avait 20 ans. J’ai vu les musulmans le vendredi attendre au checkpoint pour pouvoir aller prier à Jérusalem.

J’ai vu les soldats, de jeunes israéliens de mon âge, avec leur arme qui ne les quitte jamais. J’ai dîné avec une famille israélienne, deux soeurs d’origine britannique, leur mari et leurs trois enfants chacune. 6 jeunes dont 3 et bientôt 4 en service dans l’armée. J’ai senti la peur des mères de voir leus enfants partirent à la guerre. L’ainé de Naomi, mon amie médecin, a fait le Liban en 2006. Un de ses amis s’était jeté sur une grenade lancée par l’ennemi pour sauver son unité.

Comme tout le monde, je me suis faite contrôler à l’entrée des gares et des centres commerciaux. J’ai compris la peur viscélare qui habite les Israéliens, la peur de l’attentat, la peur de la mort – la peur inhérente au peuple juif. Malgré cela, je ne comprends toujours pas qu’on puisse traiter ainsi le peuple palestinien.”

Ce voyage a changé beaucoup de choses pour moi. Avec le recul, je dois dire que je ne vois plus les choses tout à fait de la même façon même si mes convictions profondes restent les mêmes. Il est important de garder à l’esprit que tout n’est pas noir d’un côté, blanc de l’autre.

21 septembre, 2008

Récit de mon voyage en Israël et en Cisjordanie

Le 24 août dernier, je me suis envolée à 8h pour Tel Aviv. Au moment de partir, l’excitation des semaines passées avait laissée place à l’angoisse, laquelle ne fut que temporaire.

Ce voyage, je rêvais de le faire depuis longtemps que je souhaitais partir au Moyen Orient. Je m’intéresse de près à la situation de la région et particulièrement au conflit israélo-palestinien. C’est là-bas que je me vois travailler en tant que journaliste. Je me disais que j’irai un jour, quand j’en aurai l’occasion. Et puis un jour on se rend compte qu’il n’y pas d’occasion à attendre pour faire les choses, il faut créer l’occasion. Il faut cesser de rêver, d’idéaliser sa vie, pour réaliser vraiment ses rêves.

Il faut dire que des rencontres ont crée cette occasion de partir. Il y a d’abord eu la rencontre avec Ben, CEO de Plymedia, entreprise de la Silicon Valley, et surtout israélien trentenaire au look “sportif cool bio”, dans un avion entre Boston et San Francisco. Nous avons bien parlé pendant la moitié du vol, puis nous sommes restés en contact par email. Il me disait “contacte moi si tu veux venir en Israël”, je répondais “pas cette année – 2008 – mais peut être l’an prochain.”

Et puis en avril je me suis dit “et pourquoi pas cet été finalement?”

C’était l’époque de la BC Palestine Awareness Series, une série de conférence sur la Palestine organisée à Boston College. J’y ai rencontré Alexandra, étudiante d’origine palestinienne qui m’a convaincu d’y aller. Il y a eu la conférence de Ghada Karmi, celle de Norman Finkelstein. Il y a eu cette photographe israélienne qui travaillait avec cette réalisatrice palestinienne. Il y a eu cette envie grandissante, ce désir fort, de partir pour voir, pour parler avec les gens, pour tenter de comprendre autrement qu’à travers les yeux des médias ce qu’il se passe là-bas.

Au retour, il y a le devoir de raconter ce que j’ai vu et entendu là-bas. Ce que j’ai ressenti dans mes déambulations de Tel Aviv à Jérusalem en passant par la Cisjordanie et la Mer Morte.

Après avoir acheté mes billets, j’ai commence à m’organiser, à préparer un itinéraire, à rechercher des contacts, à discuter avec Anas, Alexandra, Jehad, Naomi, et les autres, pour tirer le meilleur parti de ce voyage.

Il m’aura fallu du temps pour me décider à enfin écrire (2 semaines ont passé depuis mon retour), j’ai relu mes notes, refait le parcours et les conversations dans ma tête. Je vais maintenant partager mes impressions, mes rencontres, mon indignation, mon espoir peut-être.

27 avril, 2008

Nouvelle epistemologie du journalisme et economie pour les journaux

Mercredi dernier, je rencontrais ma professeur de journalisme du semestre dernier, Bella English, diplomee de la School of Journalism of Columbia University (NYC) et reporter depuis 20 ans au Boston Globe.

Inevitablement, nous en venons a parler de l’etat actuel de la presse et de l’avenir du journalisme avec l’avenement du web. Comme me dit Ulrich, “le web ce n’est pas l’avenir du journalisme, c’est le present,” on est en plein dedans, et les acteurs de la presse se sentent un peu depasses. Le journalisme est en pleine transformation et on ne sait pas trop vers ou on va… Le web apporte beaucoup au journalisme, mais il faut garder de la distance encore, etre critique, ne pas tout prendre du web. Je crois que si l’outil Internet offre de grandes possibilites pour le journalisme, il faut se mefier de tout ce “journalisme citoyen”, des blogs, et de ce qu’on trouve sur le web. L’information doit toujours etre verifiee, on a toujours besoin des journalistes.

Avec tout ce buzz internet, la situation de la presse ne va pas en s’ameliorant. Bella English me disait qu’au Boston Globe, comme au NYT, ils ne savent plus quoi faire. La pub ne rapporte plus, les annonceurs vont ailleurs, les gens veulent de l’info instantanee et gratuite. Alors les journaux doivent peut etre se tourner vers une presse plus d’analyses que de faits, s’intellectualiser, mais on trouve aussi de bonnes analyses sur le web. La situation est difficile. Il faut faire des economies.

Le NYT a supprime des pages International, ce qui signifie moins de reportages donc moins d’argent depenser. Parce qu’envoyer un reporter a l’autre bout du monde pour un article coute beaucoup d’argent.

Mais si on pensait le journalisme autrement, au moins pour ce qui concerne le reportage a l’etranger. On en revient au sujet de mon precedent post sur l’espace des flux. Il faut changer l’epistemologie du journalisme. Aller sur place n’est plus possible, et n’est pas toujours pertinent et necessaire.

Prenons The Economist de la semaine derniere, et leur reportage sur la crise alimentaire que nous vivons, “The new face of hunger.” L’article commence avec l’histoire de ce fermier en Cote d’Ivoire qui se plaint parce qu’il vend beaucoup moins de riz qu’avant. A-t-on vraiment besoin de parler de lui pour parler de ce qui se passe? C’est-a-dire, est-il vraiment necessaire de payer un reporter pour une citation qui n’apporte rien de nouveau puisque tout le monde sait, sans avoir besoin de verifier sur place, que les prix des cereales ont dramatiquement augmente mettant les paysans partout dans une situation grave.

Pour un sujet tel que celui-ci, il faut reflechir en termes de flux, il faut parler de l’essentiel du probleme, de la question de l’agriculture mondiale. Il faut de l’analyse. Et pour ca il n’est pas utile de se deplacer.

Il est donc possible d’offrir un meilleur journalisme et de faire des economies…

27 avril, 2008

Aider une asso humanitaire sans (presque) rien faire…

Un message pour vous inviter a soutenir une association humanitaire, Mission Quechua, juste en faisant vos recherches habituelles sur le net.

Je vous explique: Jean, un de mes amis du lycee, part avec Mission Quechua, une asso d’HEC, au mois de juin au Perou pour aider la population sur place.

“Mission Quechua est une association humanitaire créée par des étudiants d’HEC en 2001. Chaque été plus de vingt membres partent au Pérou pour apporter aux populations les plus pauvres et les plus isolées une aide financière et technique pour financer leurs projets.”

Pour les aider, il suffit de vous inscrire sur http://www.veosearch.com/
Vous creer votre compte, puis vous ajouter une association: Mission Quechua.

Ensuite vous utilisez veosearch comme moteur de recherches et a chaque recherche que vous faites des revenus publicitaires sont generes (comme sur google, yahoo, etc) et 50% de ces revenus sont alors reverses a Mission Quecha.
En plus Veosearch utilise google, yahoo, wikipedia, etc donc pour vous aucune difference, mais pour Mission Quechua ca peut etre une source de financement non negligeable!

Aidez Mission Quechua! Merci!

Au passage, cette initiative pour recuperer des fonds, me fait penser a ce groupe facebook auquel j’avais ete invitee “Help Sasha to go to Malawi”, une etudiante de BC faisait appel aux dons pour partir en voyage humanitaire au Malawai. C’est quelque chose qui se fait beaucoup aux Etats-Unis, en France… pas sure que ca marche bien.

21 avril, 2008

Run Baby, Run

Boston, Etats-Unis – Les muscles saillants, la sueur coulant sur la peau, et le visage déformé par la douleur, ils étaient plus de 25 000 hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, en fauteuil roulant ou sur leurs deux jambes à courir avec une détermination sans faille les 42 kms du Marathon de Boston, lundi 21 avril. Heureusement, la pluie de l’an dernier avait laissé place à un soleil radieux.

Le 112eme marathon de Boston, le plus vieux marathon annuel au monde, a commencé à Hopkinton, MA, à 9h25 pour les athlètes en fauteuils roulants, à 9h35 pour les femmes, et à 10h pour les hommes.

Le Kenyan Robert Kipkoech Cheruiyot a remporte le marathon pour la quatrième, et troisième fois consécutive, en 2 heures 7 min. et 45 sec. manquant à 31 secondes près le record qu’il avait établi en 2006.

Du coté des dames, Dire Tune, athlète éthiopienne, est arrivée première en 2h. 25 min. et 25 sec. devançant de deux secondes, plus petit temps de différence dans l’histoire du marathon, la Russe Alevtina Biktimirova..

Kipkoech Cheruiyot et Tune ont chacun remporté 150, 000 $US. C’est en 1986 que la Boston Athletic Association décida d’introduire une récompense financière, jusqu’à alors, les vainqueurs se contentaient d’une couronne de lauriers.

Il était impressionnant de voir les participants à fauteuil roulant pousser à la force de leur bras. Chez les hommes, c’est le Sud-Africain, Ernst F. Van Dyk, qui a remporte la première place de son dernier marathon. Il a parcouru les 42 kms de Hopkinton au centre de Boston en 1h 26 min. et 49. sec. Wakako Tsuchida, du Japon, est arrivée 22 minutes plus tard en tête chez les dames.

Mais dans une épreuve telle que le Marathon, il n’y a de toutes façons que des vainqueurs. Il n’y a que des hommes et des femmes qui se surpassent et qui décident de finir la course a tout prix, alors même que les spectateurs sont rentres chez eux et que la Police a retire les barrières. L’adage « l’essentiel est de participer » trouve tout son sens dans ce sport qui demande un entrainement quotidien pendant des mois et une forte motivation. Pour beaucoup, l’objectif n’est pas tant d’être le premier à passer la ligne d’arrivée, que de se prouver à eux-mêmes qu’ils ont réussi.

« C’est un challenge personnel, vous vous dites que vous devez finir même si ca fait très mal. Et alors quand vous passez la ligne d’arrivée vous êtes heureux, » raconte Steven Bedsole, qui a couru pendant plusieurs années le Marathon de Boston, mais aussi en Europe.

Aujourd’hui, Bedsole ne court plus mais participe toujours à cet événement majeur en tant qu’employé de l’entreprise Granite State Race Services, basée dans le New Hampshire, qui est en charge de mesurer le temps de course des participants.

« Les coureurs ont une sorte de puce dans leurs chaussures, et tous les 5 kms il y a une borne qui enregistre leur passage, puis les données sont envoyées aux organisateurs à l’arrivée par un réseau sans fil, » explique-t-il.

Ca fait onze ans que ce système de mesure a été instauré, permettant de calculer avec précision le temps des différents coureurs, et ainsi d’éviter les fraudes. Il est 16h et Bedsole range son matériel, il reçoit un coup de fil des organisateurs : « 22 123 personnes ont dépassé les 35 kms, » dit-il. Sans compter ceux qui sont toujours en train de courir alors que le système a été désactivé.

Habitant une rue parallèle à la Commonwealth Ave., avenue principale de Boston, j’étais aux premières loges pour assister à ce fabuleux moment humain et sportif. Le Marathon de Boston est un véritable jour de fête. Sur le bord de la route, les spectateurs, venus en famille ou entre amis, criaient et brandissaient des pancartes pour encourager les coureurs. Quelques uns d’entre eux se sont déguisés en Minnie, en fée, ou encore en prêtre, costume peu pratique pour courir.

Certaines personnes cherchaient des yeux le cycliste Lance Armstrong qui avait délaissé son vélo pour une course difficile qu’il a fini en 2 heures 50 min. et 58 sec., arrivant 496eme. Malgré son habitude de rouler en montagne, il a confié au Boston Globe que courir les collines d’Heartbreak (cœur brisé) Hill était une autre affaire, et que celles-ci portaient bien leur nom.

Boston, capitale américaine du sport cette saison, accueillait hier, dimanche 20, « les qualifications nationales pour l’épreuve du marathon aux Jeux Olympiques de Pékin » rapporte Bedsole qui était aussi responsable de mesurer le temps de course des compétiteurs.

21 avril, 2008

Rafael, le futur Tiradentes

Le 21 avril est un jour de fête pour les Brésiliens qui rendent hommage à leur héros national, Tiradentes, exécuté le 21 avril 1792.

En 1789, alors que la France s’agite, le Brésil cherche aussi à faire sa révolution. Joaquim José da Silva Xavier, surnommée Tiradentes – l’arracheur de dent- mène l’insurrection contre le colonisateur portugais, connue comme la conjuration Mineira, du nom de l’Etat Minas Gérais.

Il est condamne a mort trois ans plus tard, et sert d’exemple contre toutes velléités de rébellion. Le mouvement est avorté et le Brésil ne connaitra son indépendance, imparfaite, qu’en 1825. La mémoire de Tiradentes fut alors condamnée à l’oubli, mais avec l’avènement de la République en 1889, le personnage devint l’incarnation de l’idéal républicain. En 1965, Tiradentes est officiellement déclaré le Patron civil de la nation brésilienne.

Rafael, Brésilien immigré illégal aux Etats-Unis, a 22 ans, et se voit en digne héritier de Tiradentes. « Il a fait la révolution pour la liberté. Moi aussi, je veux changer mon pays. Je veux améliorer le gouvernement brésilien, je veux écrire à propos de notre éthique et la promouvoir, car je ne veux pas que l’humanité disparaisse au Brésil, » dit-il avec ferveur.

Rafael ne veut pas voir son pays devenir comme les Etats-Unis, dont la société est selon lui matérialiste, individualiste, voire inhumaine.

Il a du quitter le Brésil il y a trois ans pour venir travailler aux Etats-Unis. Comme beaucoup de candidats au rêve américain, il s’est rendu jusqu’au Mexique pour traverser le Rio Grande au péril de sa vie. Il a atterri à Boston, où ses parents et sa tante s’étaient déjà installés.

Rafael travaille 70 heures par semaine dans une entreprise de paysagerie. Sans papiers, il risque a tout moment de se faire arrêter et expulser, comme les 80% de clandestins que compte la communauté Brésilienne – environ 350 000 membres – de Nouvelle-Angleterre selon les estimations du Consulat général du Brésil a Boston.

Mais Rafael est bien loin de l’image qu’on se fait souvent de l’immigré sud-américain aux Etats-Unis. Le soir après le travail, il lit de la philosophie : Marx, Nietzsche, Russel, et beaucoup d’autres encore.

Il admire Rousseau, et le Contrat Social est le premier livre qu’il a lu en anglais quand il a commence à apprendre la langue il y a un an. « Tiradentes avait toujours sur lui le Contrat Social, » raconte-t-il comme pour souligner le lien évident qui existe entre Rousseau, Tiradentes, et lui-même.

Il raconte comment la philosophie l’a sorti de la violence. « Avant je me battais tout le temps pour rien. Maintenant je réfléchis aux conséquences de mes actes, au bien et au mal. Je n’ai plus envie de faire du mal aux gens, » dit-il.

Aujourd’hui, il ne veut plus se battre physiquement, mais « pour l’égalité et la justice. Je veux recréer un contrat social au Brésil. L’ordre dans une société vient de la compréhension mutuelle et de la solidarité entre les citoyens, » dit Rafael.

Il aspire à un futur meilleur pour son pays, car il craint une mauvaise influence des Etats-Unis sur la culture humaniste du Brésil.

Il envisage de rentrer d’ici un an. Il est malade des Etats-Unis. « Au Brésil, je fais partie du système. Ici je me sens comme un poisson hors de l’eau. En tant qu’immigré, tu te sens indésirable aux Etats-Unis, » confie-t-il.

De retour au Brésil, Rafael veut finir ses années de lycée puis aller a l’Université. dit-il. Philosophie, linguistique, et sciences, à la manière des grands penseurs d’autrefois, tels que Thales et Descartes. « Je veux tout étudier et ne jamais m’arrêter, » dit-il.

Ensuite, il aimerait venir quelques temps en France, où vit sa grande sœur, mariée à un Français. Puis, il reviendra au Brésil pour rencontrer son destin et reprendre le flambeau de Tiradentes.