23 mars, 2008...7:04

Revoltes, moines, et Internet

Jump to Comments

Les évènements actuels au Tibet, même s’ils n’ont pas les mêmes facteurs ni les mêmes enjeux, me rappellent ceux en Birmanie a l’automne dernier.

Premièrement, il y a la colère d’une population qui souffre, qui est opprimée sans cesse, et qui sur le plan économique est loin d’être favorisée (augmentation des prix de l’énergie en Birmanie, difficultés des Tibétains par rapport au Han et Hui du Tibet).

Deuxièmement, il y a la dimension religieuse de ces deux révoltes. Pour rappel, les protestations en Birmanie étaient le fait des civils, mais c’est ensuite l’engagement des moines dans ce mouvement, qu’ils ont alors mené, qui a donné tant d’impact a celui-ci. C’est la participation des moines Birmans, lesquels ont ete attaques, qui a rendu ces évènements si importants. Les autorités craignaient plus les moines que le reste de la population, car elles savent le pouvoir symbolique (et réel avec le principe des offrandes) qu’ils ont.

Dans le cas du Tibet, ce n’est pas pour rien que Pékin accuse la “clique” du Dalai Lama d’être a l’origine du mouvement de protestation, même si celui-ci dément avec fermeté et a toujours condamner l’usage de la violence (voir article précédent). Les Bouddhistes sont le coeur de la société tibétaine.

Le dernier point de comparaison qui m’intéresse particulièrement est la couverture médiatique de ces deux évènements. J’ai réalisé le mois dernier une analyse critique de celle des protestations birmanes. Elles ont représenté un véritable défi pour les journalistes et l’information de manière générale. En effet, rapidement, les reporters étrangers ont été interdits de territoire, et les journalistes locaux ou correspondants de titres étrangers se sont vus censures et menaces quand ils n’étaient pas a la botte de la junte militaire. C’est Internet et le téléphone qui ont permis de prendre connaissance de la situation, de transmettre vidéos et photos, en somme de dire au monde ce qui se passait dans ce pays qui se voulait coupe du monde.

Internet est pour beaucoup un outil formidable de socialisation, d’information, de divertissement, etc. Mais pour les peuples opprimes, Internet représente la liberté, la voie/x pour se faire entendre. Grâce a lui, il y a peu d’évènements qui nous restent inconnus aujourd’hui. Plus aucun pays ne peut réprimer dans le sang les mouvements de protestation de sa population sans qu’aussitôt le monde entier soit au courant, même si cela ne signifie pas forcement une amélioration de la situation et un engagement international suffisant.

Cependant deux problèmes se posent:

D’abord, le plus important pour un journaliste est de vérifier, re-vérifier, re-re-vérifier les faits (en théorie, car ce n’est pas malheureusement toujours le cas dans la pratique… suivez mon regard!). Si le journaliste ne peut plus faire cette partie-la de son travail (ne lui restant plus que le travail d’analyse des faits), s’il ne peut pas se rendre sur le terrain pour constater par lui-même ce qu’il se passe, alors la qualité de l’information est en danger. La vérité laisse alors place aux rumeurs. Il vaut mieux parfois ne rien dire, que de dire quelque chose qui n’a pas été vérifiée au risque de se tromper et de rendre la situation encore plus délicate.

Dans mon analyse, je montre la précaution employée par les journalistes, utilisant sans cesse les expressions d’incertitude: “des témoins ont rapportes”, “il y aurait eu”, “selon des informations non vérifiées”, etc.

Ensuite, il faut garder que malgre son pouvoir, Internet n’est pas incontrôlable. La junte militaire a réagi, étrangement assez tardivement, en fermant tout accès a Internet, coupant totalement le pays du reste du monde. Des lors, impossible de savoir ce qui se passait vraiment. Quand un journaliste n’a plus du tout accès a l’information, alors c’est le monde entier qui est dans le noir.

Enfin, mon analyse s’intéressait également au développement du so-called “journalisme citoyen.” Les blogs ont participe activement a la couverture médiatique des évènements, devançant parfois les médias traditionnels.

Pour en venir au Tibet, le même phénomène se produit (sauf qu’a ma connaissance Internet fonctionne toujours la-bas, même si on sait comment celui-ci est fortement contrôle en Chine). Les journalistes n’ont aucun accès possible au territoire, et on ne peut même plus compter sur les touristes comme au début des évènements puisqu’ils se sont fait gentiment renvoyés chez eux. Ils ne restent plus que les témoignages de militants tibétains sur place ou ceux a l’étranger qui correspondent avec leurs proches.

Ce qui ressort de cette situation, c’est l’impossibilité actuelle de savoir ce qu’il se passe vraiment, combien de morts il y a eu (certains parlent d’une centaine de morts quand les chiffres officiels n’en annoncent qu’une dizaine), et donc de prendre les mesures qui s;imposent. Alors que ce pays, puissance économique incontestable aujourd’hui, va accueillir les J.O., il reste fermé politiquement et médiatiquement.

Laisser un commentaire