21 avril, 2008...2:17

Rafael, le futur Tiradentes

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Le 21 avril est un jour de fête pour les Brésiliens qui rendent hommage à leur héros national, Tiradentes, exécuté le 21 avril 1792.

En 1789, alors que la France s’agite, le Brésil cherche aussi à faire sa révolution. Joaquim José da Silva Xavier, surnommée Tiradentes – l’arracheur de dent- mène l’insurrection contre le colonisateur portugais, connue comme la conjuration Mineira, du nom de l’Etat Minas Gérais.

Il est condamne a mort trois ans plus tard, et sert d’exemple contre toutes velléités de rébellion. Le mouvement est avorté et le Brésil ne connaitra son indépendance, imparfaite, qu’en 1825. La mémoire de Tiradentes fut alors condamnée à l’oubli, mais avec l’avènement de la République en 1889, le personnage devint l’incarnation de l’idéal républicain. En 1965, Tiradentes est officiellement déclaré le Patron civil de la nation brésilienne.

Rafael, Brésilien immigré illégal aux Etats-Unis, a 22 ans, et se voit en digne héritier de Tiradentes. « Il a fait la révolution pour la liberté. Moi aussi, je veux changer mon pays. Je veux améliorer le gouvernement brésilien, je veux écrire à propos de notre éthique et la promouvoir, car je ne veux pas que l’humanité disparaisse au Brésil, » dit-il avec ferveur.

Rafael ne veut pas voir son pays devenir comme les Etats-Unis, dont la société est selon lui matérialiste, individualiste, voire inhumaine.

Il a du quitter le Brésil il y a trois ans pour venir travailler aux Etats-Unis. Comme beaucoup de candidats au rêve américain, il s’est rendu jusqu’au Mexique pour traverser le Rio Grande au péril de sa vie. Il a atterri à Boston, où ses parents et sa tante s’étaient déjà installés.

Rafael travaille 70 heures par semaine dans une entreprise de paysagerie. Sans papiers, il risque a tout moment de se faire arrêter et expulser, comme les 80% de clandestins que compte la communauté Brésilienne - environ 350 000 membres - de Nouvelle-Angleterre selon les estimations du Consulat général du Brésil a Boston.

Mais Rafael est bien loin de l’image qu’on se fait souvent de l’immigré sud-américain aux Etats-Unis. Le soir après le travail, il lit de la philosophie : Marx, Nietzsche, Russel, et beaucoup d’autres encore.

Il admire Rousseau, et le Contrat Social est le premier livre qu’il a lu en anglais quand il a commence à apprendre la langue il y a un an. « Tiradentes avait toujours sur lui le Contrat Social, » raconte-t-il comme pour souligner le lien évident qui existe entre Rousseau, Tiradentes, et lui-même.

Il raconte comment la philosophie l’a sorti de la violence. « Avant je me battais tout le temps pour rien. Maintenant je réfléchis aux conséquences de mes actes, au bien et au mal. Je n’ai plus envie de faire du mal aux gens, » dit-il.

Aujourd’hui, il ne veut plus se battre physiquement, mais « pour l’égalité et la justice. Je veux recréer un contrat social au Brésil. L’ordre dans une société vient de la compréhension mutuelle et de la solidarité entre les citoyens, » dit Rafael.

Il aspire à un futur meilleur pour son pays, car il craint une mauvaise influence des Etats-Unis sur la culture humaniste du Brésil.

Il envisage de rentrer d’ici un an. Il est malade des Etats-Unis. « Au Brésil, je fais partie du système. Ici je me sens comme un poisson hors de l’eau. En tant qu’immigré, tu te sens indésirable aux Etats-Unis, » confie-t-il.

De retour au Brésil, Rafael veut finir ses années de lycée puis aller a l’Université. dit-il. Philosophie, linguistique, et sciences, à la manière des grands penseurs d’autrefois, tels que Thales et Descartes. « Je veux tout étudier et ne jamais m’arrêter, » dit-il.

Ensuite, il aimerait venir quelques temps en France, où vit sa grande sœur, mariée à un Français. Puis, il reviendra au Brésil pour rencontrer son destin et reprendre le flambeau de Tiradentes.

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