Voici ce que j’ai écrit dans l’avion vers la France le 5 septembre dernier:
“Beaucoup de choses à dire, à écrire, mais je ne suis pas sûre de réussir à le faire. Il y a trop de désordre dans mon esprit, trop de questions en suspens par rapport à ce que j’ai vu. Je ne comprends pas tout.
J’ai vu des choses incroyables, insoutenables, les larmes et la colère m’ont envahie. Mais je veux essayer de comprendre les deux côtés. On me parle d’ “objectivité”, de “balancer” les points de vue. Il y aurait deux réalités. Je n’en ai vu qu’une.
Celle du mur de “sécurité”, légitime si seulement il respectait la ligne verte. La réalité du camp de réfugié de Dheisheh où les familles s’entassent à 5-6 voire plus dans 10m² sans grand espoir de retourner chez eux un jour. La réalité des villages palestiniens où l’aide médicale est insuffisante.
J’ai écouté une chrétienne arabe, Julia Dabdoud de l’Arab Women’s Union à Béthleem, me parler de 1948, de la Naqba, de tout ce qu’elle a perdu – elle avait 20 ans. J’ai vu les musulmans le vendredi attendre au checkpoint pour pouvoir aller prier à Jérusalem.
J’ai vu les soldats, de jeunes israéliens de mon âge, avec leur arme qui ne les quitte jamais. J’ai dîné avec une famille israélienne, deux soeurs d’origine britannique, leur mari et leurs trois enfants chacune. 6 jeunes dont 3 et bientôt 4 en service dans l’armée. J’ai senti la peur des mères de voir leus enfants partirent à la guerre. L’ainé de Naomi, mon amie médecin, a fait le Liban en 2006. Un de ses amis s’était jeté sur une grenade lancée par l’ennemi pour sauver son unité.
Comme tout le monde, je me suis faite contrôler à l’entrée des gares et des centres commerciaux. J’ai compris la peur viscélare qui habite les Israéliens, la peur de l’attentat, la peur de la mort – la peur inhérente au peuple juif. Malgré cela, je ne comprends toujours pas qu’on puisse traiter ainsi le peuple palestinien.”
Ce voyage a changé beaucoup de choses pour moi. Avec le recul, je dois dire que je ne vois plus les choses tout à fait de la même façon même si mes convictions profondes restent les mêmes. Il est important de garder à l’esprit que tout n’est pas noir d’un côté, blanc de l’autre.
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