Envie d’écrire à nouveau, et de parler, toujours, de mon voyage en Israel. C’était il y a plus de 3 mois mais les souvenirs sont encore bien vivants dans ma mémoire. Je revois les gens que j’ai rencontré, les conversations échangées.
Avant de partir, mon amie américaine, Roopa, m’avait mise en relation avec Naomi qu’elle avait rencontrée quelques mois auparavant à Genève pour un forum sur la santé. Naomi est juive, israélienne d’origine anglaise. Elle est médecin et s’investit pour l’association “Physicians for Human Rights.” On s’est rencontrée pour la première fois à la fête de la bière à Jérusalem. Elle était avec sa soeur, elle aussi médecin je crois. On a passé une soirée très agréable. Le lendemain soir, j’étais invitée à manger chez sa soeur pour Shabbat. Ce n’est pas tant qu’il fête Shabbat avec tous les rituels à respecter, mais il s’agit surtout pour eux de se retrouver en famille. Il y avait Naomi, son mari, très gentil, et deux de leurs enfants, dont Avital qui a mon âge et fait son service militaire. Il y avait aussi sa soeur et son beau-frère donc, avec leurs 3 enfants. J’étais un peu intimidée face à cette famille que je ne connaissais pas, et très fatiguée après ma journée à Bethléem. Mais je garde le souvenir d’une soirée agréable, une expérience intéressante.
J’ai revu Naomi le lendemain, elle m’emmenait en mission pour son association dans un village palestinien. J’aurai l’occasion d’y revenir plus tard. J’ai passé une dernière soirée avec Naomi et son mari la semaine de mon départ. Ils ont vraiment été adorables avec moi. J’espère les revoir quand je retournerai là bas.
J’ai rencontré une femme extraordinaire à Bethléem. Elle s’appelle Julia Dabdoub et elle est présidente de l’Arab Women’s Union. On marchait au hasard dans les rues de la ville qui a vu Jésus naître, quand nous sommes tombés sur la maison qui abrite cette association. Julia Dabdoub nous alors parlé pendant deux heures de sa vie, de la situation en Palestine et plus précisément à Bethléem. Elle a égrainé ses souvenirs et nous écoutions impressionnées.
L’association s’est formée en 1947, à l’époque du plan de partage. Julian Dabdoub avait une vingtaine d’années. Elle n’oubliera jamais la Naqba. Elle est une arabe chrétienne. A son allure, on comprend toute suite qu’elle ne vient pas de n’importe quelle famille. Elle fait très aristocratique et est encore belle à plus de 80 ans. Elle parle un français parfait, ce qui facilite notre échange.
Elle nous raconte que de manière générale, les gens ici s’entendent bien avec les Juifs, mais que ca coince avec les politiques. La vie est tellement difficile pour eux. Le vendredi, jour de prière pour les musulmans, seuls les femmes, les enfants, et les hommes de plus de 45 ans peuvent se rendre à Jérusalem. Je les ai vu faire la queue au checkpoint. Les hommes entre 18 et 45 sont potentiellement dangereux, on les garde de l’autre côté du mur. Tant pis pour leur foi. Pour les chrétiens, ce n’est pas évident non plus, mais pour elle il est faux de dire qu’ils sont plus partis que les autres. Tout le monde part s’il le peut.
Avant, avec sa famille, il mettait une heure pour se rendre à Amman. Aujourd’hui c’est tout un périble. Alors ils restent à Bethléem. A une époque, on les fouillait totalement à la frontière. On sentait dans sa parole et dans son regard combien il avait été dégradant pour elle de devoir presque se mettre nue pour les contrôles de sécurité. Mais même dans une telle situation, je l’imagine rester digne.
Elle nous parle de la visite de Carla Bruni lors du voyage présidentiel en Israel. La première dame avait rencontré un groupe de femmes palestiniennes. Julia Dabdoub semblait garder un bon souvenir de cette visite et avait apprécié Carla Bruni(-Sarkozy). Elle l’a trouvé cultivée, distinguée. Elle voulait vraiment échanger, apprendre de ces femmes. Quand on la pressa pour partir, elle insista pour finir de parler avec toutes les femmes. “C’était différent avec la femme de Gordon Brown.” C’est Nicolas qui va être content!
Il y a tant d’autres anecdotes qu’elle nous a contées et que j’ai caché au fond de ma mémoire. Mais je garde cette image d’une dame âgée au visage fier, les cheveux relevés en chignon. Il y avait milles vies dans ses yeux. De la souffrance, de l’indignation, mais aussi l’espoir de la paix, un jour, pour son peuple.
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Le 18 janvier 2009, Julia Dabdoub s’est etteinte calmement entourrée par sa famille…
bonjour,
je suis un des petits-enfants de Julia et je vous remercie de ces belles paroles sur cette grande-mere tellement …tellement manquee…
si vous avez des photos, d’autres memoires sur cette promenade a bethleem, je vous serais tres reconaissant